Histoire de Bretagne – CRAC’H – CHATEAUX ET SEIGNEURIES


Auray -Entrée du château de Plessis-Kaër    CHÂTEAU DU PLESSIS-KAËR

( vue prise au Sud-Est)

La commune de Crac’h renferme les châteaux de Kergurioné sur la rivière de la Trinité, de Kérantré, de Rosnarho et du Plessis-Kaër sur la rivière d’Auray.

KERGURIONNE p1060175 p1060172p1060178fut jadis une seigneurie puissante, possédée, dit-on, par les Talleyrand. De 1412 à 1570 elle resta dans la famille de Quirizec. Après avoir appartenue pendant une cinquantaine d’années à François Dubois, puis à Antoine de Muzillac, elle devint vers 1620 l’apanage de Pierre Coué, seigneur de Salarun, qui avait épousé Marie de Quirizec. Cette famille posséda Kergurionné jusqu’à la Révolution.

En 1719, Jean-François  Coue de Salarun habitait ce château. Il fut un des principaux adhérents de la conjuration de Pontcallec et entretenait des relations suivies avec l’Espagne à l’aide de bateaux mouillés en rade de la Trinité, dont les embarcations pouvaient remonter jusque sous son habitation. Les conspirateurs se rassemblaient souvent chez lui. Les récits des mauvaises langues de l’époque qui nous sont parvenus nous le montrent peu madré. Quoi qu’il en soit, un des limiers du maréchal Montesquiou lui arracha le secret de la conspiration. Salarun eut, malgré tout, assez de présence d’esprit pour s’apercevoir de la faute qu’il avait commise ; ses amis furent avertis à temps, s’embarquèrent avant l’arrivée des soldats, mirent à la voile et échappèrent au sort qui les attendait.

Il ne reste que quelques ruines de l’ancien château de Kergurionné qui témoignent encore de son opulence. L’habitation actuelle est moderne ; elle appartient à Alphgonse Martin, marié à la fille de M. Fonssagrive, l’éminent professeur de médecine, qui y est décédé en 1884.

  KERANTRE  était jadis un simple manoir. En 1426, Jean Hauvering, marié à Guillemette  de Broerec, le possédait. En 1446, il était à Lancelot Pezron,  ( 1)  :  Pezron sieur de la Salle, de Leslay, de Penlan et autres lieux ; débouté en 1669 ; anobli en 1699 : d’argent à la fasce accompagné en chef d’une rose et en pointe d’un coeur, le tout chargé de gueule.  La famille de Quifistre  (2) : De Quifistre sieur de Tremouharn, de Bavalan, marquis de Bois-Geoffroy : d’argent à trois fasces d’azur , le possède ensuite de 1519 à 1604. A cette époque il passe à une branche de la famille de Gouvello, issue ainsi que les branches de Kériaval et de la Porte qui existent encore, du mariage de Jean à Jeanne Bino (1472). Le père de ce Jean, Eon  Le Gouvello était lieutenant du châtel d’Auray en 1433, et gouverneur de Guillaume de Blois. Alexis, seigneur de Kerantré, marié à Anne-Thérèse Gabard, fit partie de la conspiration de Pontcallec et en fut l’un des trésoriers. Il échappa par une fuite prudente aux recherches des gens d’armes de Montesquiou.

Le château actuel fut construit par Joseph -Paul, dit le comte de Gouvello, en 1790, après son mariage avec Anne- Emilie Picot de Dampierre. Pendant les travaux, ils habitèrent le castel de Moncan à Auray, qu’ils avaient recueillis par succession, comme nous l’avons vu. Ils y eurent un fils qui eut pour marraine Louise de Dampierre, marquise de Brisay, arrière-grand’mère du possesseur actuel du domaine.

A peine terminé, Kerantré fut le refuge d’une foule de suspects et d’émigrés ; entouré de bois, bordé d’une rivière profonde à proximité de la mer, l’endroit était propice. Emigré lui même en Angleterre, le comte de Gouvello y revenait en cachette, et, pour ne pas le trahir, on dut faire passer pour fille d’une fermière Elisa de Gouvello, qui naquit en 1794. Malgré ces précautions, le comte de Gouvello fut saisi un jour et enfermé dans les prisons d’Auray. Il y  tomba malade et la municipalité refusa à sa femme l’autorisation de venir le soigner. La branche de Kerantré s’est éteinte en 1872 dans la personne de la comtesse Henriette de Gouvello, chanoinesse de Munich.

A cette époque, Kerantré est passé par héritage à la branche de Keriaval en la personne du marquis Amédée de Gouvello et depuis au baron d’Aboville, lieutenant-colonel d’état-major, par son mariage avec Mlle Jeanne de Gouvello.

Les terres de ROSNARHO  touchent celles de Kerantré. L’habitation est toute moderne, elle a remplacé les ruines du vieux châteaux. – En 1426, un Jean de Rosnarho fit ses preuves dans la paroisse de Crac’h.- De 1534 à 1686, le fief est à la famille Chohan. A partir de cette date, il passe par acquêt à Jean de la Bourdonnaye, puis aux de la Pierre de Fremeur, comme Kermadio en Pluneret.

Pendant la première moitié de ce siècle, il appartint à M. de Robien, possesseur de Treulan, marié à Elisa de Gouvello de Kerantré, qui épouse elle même en seconde noces Charles de Gouvello de la Porte. Rosnarho est actuellement à Mme Besnard, qui a fait faire des travaux considérables à cette propriété et relevée de ses ruines la chapelle du vieux château, seul reste de l’ancienne construction.

  LE PLESSIS-KAËR , était le siège de l’ancienne baronnie de Kaër, qui avait droit de haute, moyenne et basse justice sur les paroisse de Crac’h et Locmariaquer.P1050642

Les seigneurs de Kaër étaient de rudes compagnons jadis ; ils ont pris part aux premières luttes du duché.

Normand, sieur de Kaër ou Keraër, paroisse de Locmaria-Kaër, est mentionné dans un compte rendu au duc Jean le Roux en 1267 ; Jeanne est morte en 1240, abbesse de Saint Sulpice de Rennes (3)  Nobiliaire breton, Pol de Courcy.- Cayot-Délandre, étude sur les voies romaines du Morbihan. – Les barons de Kaër portaient : de gueules à la croix d’hermine ancrée et gringolée d’or. Devise : Pour loyauté maintenir.

Henri tient en 1341 pour Montfort et est son ambassadeur en Angleterre en 1360 ; en 1364, il commande une fraction de son armée, et enfin est le conseil de JeanV ; il figure comme docteur en droit et est mort sans doute comme chanoine de Tréguier. – Ces fiers chevaliers laissèrent tomber leur souche en quenouille.

Jean de Chateaugiron, seigneur d’Oudon, avait épousé en première noce Jeanne de Malestroit. Il recueillit en 1347 les seigneuries de Malestroit et de Largoët ; resté veuf avec deux fils, il se remaria avec Jeanne de Kaër, la dernière de la race, et ensuite avec Jeanne de Dol  (4) :  Généalogie des sires de Malestroit,  par M. l’abbé Le Méné ( société polymathique du Morbihan, 1er s. 1886 ) et archives du Morbihan. Il avait assisté à la bataille d’auray en 1364, dans les rangs de l’armée de Charles de Blois, et avait été fait prisonnier.

Du second mariage, naquirent deux fils, l’un, Jean, le fondateur de la branche des Malestroit-Kaër ; l’autre, Thibaud, évèque de Tréguier en 1378 et de Quimper en 1383-1408.

Ce n’est que le petit-fils de ce Jean, Jean III de Malestroit, qui devint par son mariage avec Jeanne Trémédern, possesseur du Plessis. Il le laissa en 1442 à son fils aîné, qui joignit à ce fief celui de Kerambourg.

Claude de Malestroit, marié à Jeanne-Julienne de Tréal, obtint en 1552 l’érection de Kerambourg en vicomté et de Kaër en baronnie ; (1) < La baronnie du Kaër s’estend et a cours en la paroisse de Kaër évesché de Vannes, le chasteau et manoir de laquelle baronnie maintenant caduc et ruiné estant situé près ledit bourg de Kaër. Ledit seigneur était vicomte de Ker-an-Bourg, seigneur du Plessis de Kaër ; le manoir et hébergement de laquelle seigneurie est situé en la paroisse de Crac’h sous la juridiction d’Auray. Il était encore seigneur de Beau-cours, Beaumont, Trémédian et de beaucoup de terres tenues de lui en domaine congélable ès-paroisses de Plumel, Mendon, Guervillic, Cot-Goal, Carnac et Guerbéran et jouissait du droit d’assises, de guet, de bris et de débris à l’endroit et estendue  de la juridiction ; en somme de tous devoirs seigneuriaux appartenant à baron et chastelain >. ( L.P. du Paze.) Ses deux fils, Jean VII et René, moururent sans postérité et leur soeur hérita des biens de la famille. Elle n’avait pas eu d’enfant d’un premier mariage avec Nicolas de Dennée, seigneur de la Motte de Gennes. Mariée en seconde noces à René de Montalais, elle mourru en 1594, laissant un fils, Mathurin, qui vendit en 1639 le Plessis-Kaër à Jacques Barrin de la Galissonnière, qui, quatre années plus tard, le revendait à René  Riant de Galisson.

La terre est possédée par Jean Auguste, puis Armand Le Meuneust, de 1718 à 1727, époque ou elle est achetée par Paul de Robien  (2) :  (Paul-Celeste-Christophe de Robien fut nommé président à mortier du parlement de Rennes en 1750) , président à mortier au parlement de Bretagne, qui a laissé dans la région des souvenirs bien vifs comme homme de science et de travail dont les papiers forts curieux sont conservés à Rennes.

Le président de Robien eut maille à partir avec messire Jarno, recteur de Crac’h, au sujet du droit de suprématie qu’il revendiquait sur l’église paroissiale de Saint Thuriau. Il y eut procès, mais nous n’avons pu en découvrir la solution.

Au moment de la révolution, Guy-René-Charles-François d’Andigné de la Chasse, qui avait épousé Louise-Joseph de Robien, possédait le Plessis, qui fut vendu nationalement.

Après avoir appartenu successivement pendant ce siècle à la famille Cauzique et à M. Liazard, le château et les terres environnantes ont été achetés, voici une vingtaine d’années, par M. Caillot, qui a relevé de ses ruines l’antique demeure et en a fait un magnifique monument. Il se compose de deux corps de logis placé en équerre. L’un construit en granit taillé, est perpendiculaire à la rivière. L’architecte a conservé la tour polygonale qui renfermait l’escalier principal, et a flanqué le pignon donnant sur la rivière de deux autres tours carrées d’un fort bel effet. La porte d’entrée du château se trouve au centre de l’autre corps de logis, qui seul était habité depuis la révolution, avant la reconstruction de l’édifice. Elle est à cintre brisé, et des deux côtés, à l’extérieur, sont deux tours rondes. A côté de la grande porte est une petite poterne également ogivale. Au-dessus se trouve une fenêtre dans le style Renaissance. Sur une des fenêtre à pignon et meneaux, qui ornent l’édifice, on lit la devise des seigneurs de Kaër : Pour loyauté maintenir.