Histoire de Bretagne – CRAC’H – EPOQUE PREHISTORIQUE ET ROMAINE.


Un peu d’histoire à Crac’h

fontaine Saint-Thuriau crac'h

Fontaine de Saint-Thuriau en Crac’h

Histoire de Bretagne à travers textes, dessins et photos de Jules Robuchon et Georges De Cadoudal (1892).

CRAC’H

I    – EPOQUE PREHISTORIQUE ET ROMAINE :

Comme la commune de Locmariaquer, sa voisine, Crac’h possède un nombre assez considérable de monuments historiques; mais tous sans exeption, sont dans un état peu satisfaisant de conservation. Au sud et près du bourg se trouve un petit cromlech composé de dix pierres et non loin de lui, un dolmen ruiné.

Près de kergléverit, sur les bords de la voie romaine se dirigeant vers Locmariaquer, on observe un dolmen totalement découvert, mais bien conservé. Sept pierres verticales supportent, à 1m,50 du sol, une table de 2m,65de large. A peu de distance de là, sur la colline nommée Mané-Roch-Ter (monts des pierres redoutables), sont les ruines de trois autres dolmens.

A Kerhuen-Brigitte, un grand dolmen renversé non loin de la route de Quiberon.. Près du hameau de Beuric, dans le champ du rocher, (Prat er Roch), qutre dolmens en mauvais état. L’un brisé, mesure 4m,50 ; un autre est précédé d’une galerie de 6 mètres de longueur. On rencontre également quelques menhirs, dont les plus remarquables sont à Kergléverit, Keruen-Tanguy et Kerourang.

C’est dans le bois de Kérantré que se voient les monuments préhistoriques les plus curieux de la commune. L’un est placé à la pointe même qui fait face au rocher.Il n’en existe que des restes, mais on peut juger encore parfaitement de sa forme et de ses dimensions. Fouillé à une époque fort reculée, il a été déblayé voici quelques années seulement, des terres qui s’étaient amoncelées dans ses ruines. C’était une sépulture  presque aussi importante que celle de la lande de Kernous placée en face et que nous avons décrite en étudiant la commune de Plougoumelen. La galerie qui précédait la chambre mortuaire s’ouvrait à l’est et avait une légère courbure.

L’autre monument est situé au centre du bois, non loin du château, au sud de l’avenue. Il se compose de trois chambres indépendantes placées côte à côte sous un même tumulus qui avait été détruit, il y a de longs siècles. C’est en 1881 que l’on a dégagé les restes de ces sépultures des terres qui les obstruaient.

Le territoire dela commune de Crac’h est semé de vestiges de l’époque romaine.

Le plus curieux de tous, unique dans son genre dans le Morbihan, est le  » pont de César « , comme on le nomme maintenant dans le pays, dont les débris gênent encore la navigation entre les pointes de Rosnarho et de Kérisper.

Le président de Robien est le premier qui en fasse mention vers 1756, époque ou on l’appelait vulgairement le pont des Espagnols.

« ce pont, disait il, paraît d’une fabrique trop ancienne pour ne pas être l’ouvrage des Romains; on n’a même aucune tradition sur sa construction ni son usage, il est détruit depuis trop longtemps. Quelques restes de bâtiments de briques, de pierres et de ciments très blanc que l’on voit sur la pointe de Kérisper, feraient juger que ce pont  était  défendu ; mais comme on ne remarque pas de chemin qui y aboutisse, que d’ailleurs la côte de Kérisper est fort escarpée, on comprendra avec peine l’ancienne destination de ce pont, à moins que dans l’antiquité la plus reculée ce ne fût un passage pour aller à Dariorigum, capitale des vénètes ».

Ogée signale aussi les ruines et les travaux faits pour déblayer la rivière. Mais depuis 1756, la question en était là, sans avoir fait un pas. Tous les archéologues s’étaient empressé de dire qu’une grande voie romaine franchissait le pont ; mais nul n’avait pu et ne peut encore affirmer en avoir relevé les traces aux abords mêmes de la rivière.

En 1874, M. Besnard, le propriétaire de Rosnarho, mit à jour sur le bord de la rivière et dans son bois des constructions semblables à celles enfouies sous l’eau et qui continuaient leur direction.

De la pointe en s’éloignant du cours d’eau on découvrit une série de piles carrées en maçonnerie s’enfonçant dans le taillis ; elles variaient dans leur hauteur au-dessus du sol entre 1m,70 et 2m,50.

A 50 mètres de la berge une pile double fait un angle de 120 degrés avec la première direction et son second bras incline au sud. Puis pendant 75 mètres, la série des piles continue ; du bord de l’eau à ce point, il en existe vingt-quatre. A partir de là, l’ouvrage se transforme en maçonnerie continue, formée de deux murs parallèles ; elle reste encore à découvert pendant 30 mètres de longueur. Tout est construit en petit appareil allongé, reposant sur un lit de moellons plus considérables. A côté de ces ruines, on a tiré du sol où ils étaient enfermés des morceaux de voûtes, de vastes plaques de ciment poli et des briques à rebord portant des traces évidentes du passage de l’eau. M. le docteur De Closmadeuc, qui visita ce monument en 1874, n’hésite pas à déclarer que c’est un aqueduc et non pas un viaduc. Les membres de l’association bretonne furent du même avis en 1878. Depuis lors les fouilles ne se sont pas poursuivies. Nous pensons qu’il serait dangereux de nier absolument que la voie romaine passât la rivière en ce point.  Nous n’avons pas de preuves qu’un chemin fût tracé dans les bois de Kérisper ni dans ceux de Rosnarho ; mais des fouilles peuvent un jour en faire découvrir. L’occupation romaine a laissé d’autres traces en ces lieux. On rencontre à environ 300 mètres de la pointe, sur la rive droite du petit ruisseau qui forme une étroite baie entre Penhoët et Rosnarho, une élévation tronconique qui pourrait bien être la base d’un de ces antiques retranchements, sorte de blockhaus, destinés à protéger les communications. Puis à Rosnarho même, à l’entrée de l’aire à battre d’une ferme, on remarques deux  stades  fort bien conservés qui n’ont pas dû venir de loin ; enfin, une fois sorti des bois et de la propriété de Mme. Besnard, on peut suivre dans la lande les traces d’un chemin qui a dû autrefois être très fréquenté et qui rejoint la route d’Auray à Crac’h près d’un autre stade  connu dans tout le pays sous le nom de « chapeau de Saint-Thuriau ». Le pont de César est évidemment un aqueduc, mais un aqueduc d’importance qui suppose des établissements fort considérables et des chemins pour y conduire. Nous ne voyons aucun inconvénient à ce qu’une voie ait côtoyé l’aqueduc que l’on ne jugeait peut-être pas assez solide pour servir au passage ; nos conquérants connaissaient l’usage des bacs, et , si la petite baie de Penhouët, endiguée maintenant et transformée en étang, avait servi de débarcadère, nous n’en serions nullement étonné.

FORT ESPAGNOL

Au dernier point où la rivière d’Auray se resserre avant de former l’estuaire de Locmariaquer, sur une pointe de la rive droite, près d’un poste de douane, on rencontre les ruines de deux jetées formant comme un petit port ; naguère encore on remarquait des restes de constructions, sorte d’ouvrage bastionné, baptisé dans le pays du nom de  » fort Espagnol ». Il est possible que cet établissement soit l’oeuvre de Jean d’Aquila et des soldats de Mercoeur pendant les guerres de la ligue ; l’endroit commande en effet parfaitement l’entrée de la rivière ; mais rien ne prouve qu’il ne soit pas antérieur de beaucoup à cette époque. Un chemin vicinal conduit du bourg de Crac’h jusqu’à cet endroit, ou se trouvent de nombreux parcs à huîtres.